Le manifeste de Milo Rau - quelques questions esthétiques

Updated: Nov 23, 2018


MILO RAU artiste associé EASTAP 2018-19 - LE THEATRE A VENIR / THE THEATRE TO COME

C.2.3. THEATRE AUX FRONTIERES PERFORMING BORDERS


Au début de sa communication (A propos de quelques "installations-spectacles": le théâtre européen à l'épreuve de ses propres frontières), Marion Worms choisit de revenir sur les dix points du manifeste de Milo Rau, metteur en scène mais aussi entrepreneur théâtral, manifeste présenté par l'artiste lui-même au cours de son intervention-interview, entendue à l'occasion de la première journée du colloque. Marion Worms considère, elle, aussi à juste titre, que la volonté du metteur en scène de théoriser son art n'est pas quelque chose de nouveau, et que cette propension précisément montrerait la volonté de sa part de définir "une esthétique pour son temps". Elle reprend ainsi les mots de l'auteur du "Petit Organon pour le théâtre", le dramaturge, metteur en scène et théoricien du théâtre Bertolt Brecht.

Cependant, en ce qui concerne le manifeste de Rau, la question en particulier de l'esthétique n'est pas si évidente. Peut-être, il s'agit en l'occurrence d'un discours pouvant relever moins d'enjeux esthétiques, comme dans le cas de Brecht, que d'une posture éthique de l'homme-entrepreneur. Cela nous amène à savoir si l'artiste travaille à définir plutôt une "éthique pour son temps", dans une optique donc managériale de l'objet artistique, à l'égard de ses pièces ou alors du théâtre dont il est aujourd'hui le directeur artistique (Théâtre national de Gant, NTGent).


(2) La lecture du manifeste en question révèle ainsi certaines valeurs constitutives du paradigme lié à l'action performative, aujourd'hui largement répandu et fréquenté par les artistes. Ces valeurs sont liées au statut de l'auteur, à la nature de l'objet d'art, au dogme de l'innovation voire de la rupture esthétique comme conditions pour l'artiste pour exister sur le marché, aux formes de la globalisation, à l'appropriation voire au détournement du discours politique, etc. Tout en respectant sa tradition à la fois d'instrument de provocation et simplificateur du langage, le Nouveau manifeste de Gand non seulement nous fait "la leçon" sur l'idée aujourd'hui de théâtre mais il nous donne les règles pour qu'il soit aisément réalisé - comme si ce théâtre était enfin à la portée de tous, du fait par exemple qu'il se met au diapason aussi du langage courant des chiffres. Un théâtre im-productif (un processus), participatif (en l'absence de l'Auteur, mais tout de même dirigé!), et surtout quantifiable: 20% de classiques sur scène, 1/4 à l'extérieur, au moins 2 langues différentes parlées et 2 acteurs non-professionnels, 20 mètres cubes au maximum de scénographie, ainsi qu'au moins 1 production par saison dans une zone de conflit ou de guerre (à quoi bon espérer la paix?), et chaque production enfin montrée dans au moins dix endroits dans au moins trois pays… Un théâtre en prise avec le réel, fuyant dès lors les modes de la représentation, qui se propose avant tout de "changer le monde" (première règle), et qui rien que pour cela demeure éminemment politique, Ainsi, si l'on reste au décalogue, on entrevoit assez clairement une éthique de l'artiste faisant l'art, mais le projet proprement artistique - quelles urgences, quels contenus et par quelles formes ? - semble y rester en marge. Du moins, ce dernier semble ici avoir été relativisé. On se demande alors comment cette éthique pourra en faire également une esthétique.


Thématiques communes: #frontières #europeanalterity

Sujets spécifiques: #MiloRau #manifeste #esthétique

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